24-25 sept. 2026 Dijon (France)

Argumentaire

    À partir du XIe siècle, le château, émanation et symbole du pouvoir seigneurial, illustre, entre autres, la domination sociale et économique de l’aristocratie sur la paysannerie (MAZEL Florian, Féodalités, Paris, Belin, 2010, p. 447-490). Les études castellologiques, archéologiques comme historiques, ont surtout insisté sur les caractères résidentiels et militaires des châteaux en lien avec le développement de la seigneurie médiévale. Dans l’introduction de son ouvrage intitulé Le château dans la France médiévale ( FOURNIER Gabriel, Le château dans la France médiévale, essai de sociologie monumentale, Paris, Aubier, 1979), Gabriel Fournier soulignait déjà dans les années 1970, que le château devait être mis en relation avec l’espace et la population autour de lui mais aussi avec les faits politiques, économiques et sociaux dont il est la manifestation. Il déclarait également que le château forme un tout présentant des aspects militaires, politiques, économiques, sociaux et religieux qui s’imbriquent étroitement. Il montrait ainsi le rôle territorial du château, vecteur d’agglomération des habitants, carrefour et pôle économique local. Son étude trouve écho dans les travaux récents portant sur l’économie médiévale, notamment ceux de Laurent Feller pour qui, « la seigneurie est un organisme économique dont la fonction est d’assurer un revenu au seigneur mais c’est aussi un territoire à gouverner » (FELLER Laurent, Paysans et seigneurs au Moyen Âge, Paris, Armand Colin, 2017, p. 137-165). 

 

    Le maillage castral s’accompagne ainsi d’une territorialisation croissante de la domination seigneuriale. Elle passe, comme le montre Florian Mazel, par la justice, mais aussi par des procédés socio-économiques (MAZEL Florian, Féodalités, Paris, Belin, 2010, p. 447-490)Ce pouvoir s’illustre dans la fiscalité relative aux châtellenies (FELLER Laurent, Paysans et seigneurs au Moyen Âge, Paris, Armand Colin, 2017, p. 137-165)Les redevances en nature, même si leurs valeurs économiques se confondent souvent avec un aspect symbolique (CORRIOL Vincent, « Redevances symboliques et résistance paysanne au Moyen Âge », dans Histoire & Sociétés rurales, vol. 37, 2012, p. 15-42), apparaissent chaque année dans les comptabilités médiévales et sont parfois revendues selon diverses logiques (CARRIER Nicolas, « Le rachat des redevances en nature en Dauphiné et en Savoie à la fin du Moyen Âge, d’après les venditiones des comptes de châtellenie (XIIIe-XVe siècle) », dans Calculs et rationalités dans la seigneurie médiévale, FELLER Laurent (dir.), Paris, Editions de la Sorbonne, 2009, p. 145-166)Le château est donc un centre de perception local. Les prélèvements permettent aussi d’« esquisser » les systèmes productifs agricoles et céréaliers des campagnes médiévales (MANEUVRIER Christophe, « Les rentes en nature : un indicateur des systèmes céréaliers médiévaux ? À travers les campagnes normandes (IXe-XIVe siècle), dans Histoire & Sociétés rurales, vol. 13, 2000, p. 9-38)Si la fonction économique et symbolique de ses redevances ont fait l’objet d’études historiques, la gestion concrète de ces bénéfices semble être resté un impensé de la recherche. Puisque les seigneurs perçoivent une partie des revenus de la châtellenie en nature, ils devaient donc être capables de les collecter et de les conserver, à plus ou moins long terme selon le type de marchandises, au sein même de l’enceinte castraleIl s’agit donc ici de questionner la dimension matérielle du château fonctionnant comme centre économique d'un territoire en dehors des aspects résidentiels ou militaires habituellement choisis et envisager à travers la mise en évidence des espaces de stockages, les ressources exploitées dans le territoire de la seigneurie. 

 

    Les fouilles archéologiques ont révélé de nombreuses structures de stockages dans les contextes castraux, avec ou non la reconnaissance de leur contenu. On citera en particulier l’importante aire d’ensilage mis au jour sur le promontoire castral blésois à la fin des années 1990 (AUBOURG V. et JOSSET D., « Le site du promontoire du château de Blois du VIIIe au XIe s. (Loir-et-Cher). (Première partie : niveaux et structures) », in Revue Archéologique du Centre de la France, 39, p. 161-197 ; dont les silos sont présentés dans CRÉPIN-LEBLOND, M.-C. FOREST (dir.), Blois, un château de l’an mil, T. Paris, 2000, p. 69 et suiv.) ou les mobiliers en bois (coffres) servant pour le stockage et la vie économique du site de Charavines Colletières (COLARDELLE M., MOYNE J.-P. et VERDEL E. L’habitat fortifié de Colletière à Charavines et le pays du lac de Paladru au XIe siècle, Caen, France, Presses universitaires de Caen, 2023) dont souvent seules les clefs nous parviennentcomme par exemple à Andone (BOURGEOIS L.Une résidence des comtes d'Angoulême autour de l'an Mil : le castrum d'Andone (Villejoubert, Charente) : publication des fouilles d'André Debord, 1971-1995, Publications du CRAHAM, Caen, 2009)La spatialisation du stockage dans l’espace castralsa place vis-à-vis de l’occupation élitaire, n’est pas une question annexe et, il semble cependant que cette dimension concourt pour une large part à la morphologie de sites castrauxContrairement aux espaces urbains toutefois, cette thématique n’a pas fait l’objet d’une attention aussi forte pour caractériser les morphologies des espaces castraux (CONTE P. et LABORIE Y. abordent en 2006 cette question pour le site castral de Châlucet, dans un article intitulé « Stocker et conserver dans l’habitat urbain médiéval du sud-ouest de la France (XIIe-XVe siècles) », dans La maison au Moyen Âge dans le Midi de la FranceActes du colloque de Cahors 6, 7 et 8 juillet 2006Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France  Hors-série 2008p. 255 à 283)Par exemple, une publication récente portant sur les caves et celliers met en exergue les villes ou la maison urbaine, et, seulement un article et deux encadrés abordent cette question pour des espaces castraux (ANTAKI-MASSON P. « Pour veiller au grain : les lieux de stockage dans les fortifications croisées de Terre sainte », dans Caves et celliers dans l’Europe médiévale et moderne, Tours, Presses universitaires François Rabelais, 2019, p. 373‑385 ; MOREAU Q. 2019, « Le Haut-Clairvaux : structures souterraines en contexte castral », dans Caves et celliers dans l’Europe médiévale et moderne, Tours, Presses universitaires François Rabelais, p. 385-386. Un autre encadré aborde les caves dans un usage militaire : De CROUY-CHANEL E. « Les Caves du château de la Guerche », dans Caves et celliers dans l’Europe médiévale et moderne, Tours, Presses universitaires François Rabelais, 2019, p. 403-404). 

 

    Les questionnements relatifs à ces espaces touchent différentes branches de la recherche autour des châteaux. L’organisation de journées d’études, inscrites dans deux axes de la recherche au sein de l’UMR ARTEHIS (Fabrique du Paysage et Élaboration du passé et constructions communautaires) est l’occasion de mettre le focus sur ce sujet en mobilisant et interrogeant à la fois les sources archéologiques, mais aussi les sources historiques, car ces espaces apparaissent dans les comptabilités et les descriptions de travaux. L’intérêt d’une démarche transdisciplinaire serait de proposer des études d’ensemble (à l’échelle d’un site, d’un espace ou d’un empan chronologique) ou des cas qui entrent en résonance avec la thématique selon les interrogations présentées ci-après.  

 

    Nous essaierons ainsi d’identifier et distinguer les ressources stockées dans le château (ou complexe castral), et servant à la vie quotidienne ou au prestige des personnes présentes au sein de cet espace. Ainsi, nous nous concentrerons pour le moment sur les ressources vivrières. 

  • les sources d'archives: que nous apportent les textes dans la localisation de ces espaces et/ou sur la nature des redevances perçues ? Il s’agit ici de documenter le paysage exploité (de quelle économie paysanne proviennent-elles ?voire de jauger les quantités perçues des productions et leur type via les comptabilités mais aussi de s’interroger sur le vocabulaire employé pour désigner les lieux et les structures de stockage ou de conservation temporaire ou pérenne (greniers, « galetas », caves, fenil, glacière, citerne…) ; comment sont-elles utilisées et sur quelle durée  (par exemple la temporalité des mises à l’abri lors d’épisode d’insécurité). Les sources iconographiques médiévales et modernes pourront venir en appui de la description de ces espaces ou comme apport dans le repérage de ces espaces au sein de l’espace castral. 

 

  • les sources archéologiques : quels types de structures archéologiques ont été identifiés comme structures de stockage (structures en creux, construites, mobiliers, bâtiments, étages, pièces dédiées)? Où sont-elles situées dans les espaces castraux au regard des autres fonctions des bâtiments (résidence, militaire) ? Quelle est leur relation avec le reste de l’ensemble castral : intégrées ou indépendantes, accessibles, défendues ou dissimulées?  

 

    Aussi, si ces structures peuvent être identifiées comme espaces de stockage, que contiennent-elles et pour quelle durée (périodicité dues aux saisons, conservation courte ou longue, gestion de l’eau) ?

    Les écofacts (carpologie, phytorestes) peuvent venir documenter et éclairer la compréhension de l’environnement et des ressources gérés ou générés autour du castrum. 

 

 

    Les communications que nous souhaitons accueillir lors de ces journées qui se tiendront à la MSH de Dijon les 24 et 25 septembre 2026, porteront sur des travaux inédits (recherches historiques, rapports archéologiques, études spécialisées…) permettant d’éclairer une ou plusieurs des questions soulevées. En effet, la publication de ces journées est projetée. 

L’appel est ouvert jusqu’au 1er juin 2026. 

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